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Portrait d'Alumni : Thomas Tichadou

Portraits

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03/09/2018


Peux-tu nous expliquer ce que tu fais aujourd'hui ?

En tant qu’indépendant et consultant en innovation sociale, mes missions aujourd'hui sont les suivantes : 

  • j’accompagne les structures autant privées que publiques, aussi bien dans  le secteur de l’ESS (Economie Sociale et Solidaire) que des structures qui ont envie d’une nouvelle politique. Le point commun entre ces organisations est de les accompagner vers le changement et l’impact social. Je monte des projets sur l’innovation sociale : de l’idéation au montage de projets. Il faut leur montrer que changer la donne est possible et comment le faire, tout en évitant le green/social washing.
  • je donne également des conférences et cours : je transmets ce que j’ai appris de mes expériences précédentes : un service civique à la Gonette ; le documentaire We Can Be Heroes que j’ai réalisé en Europe par exemple. Cela me permet d’avoir mon “impact à moi”. Je donne des cours sur l’ESS, l’économie collaborative, les nouvelles formes d’organisation, l’innovation et les politiques urbaines.
  • J’ai créé avec ma soeur un café boutique qui ouvre en septembre 2018 sur Lyon. Au retour de mon voyage en Europe, j’ai lancé mon activité libérale pour partager les enseignements tirés de cette expérience. J’ai décidé de fonder un un tiers-lieu : Anahera est un lieu hybride : café, atelier, coworking, boutique, épicerie. Nous l’avons pensé autour du principe de l’oasis : un lieu de vie ressourçant qui permet les rencontres. Nous proposons aussi bien des cafés de spécialité, qu’un espace atelier (ex. zéro déchets, yoga, “DIY”...) et une boutique où l’on met en lumière des créateurs et artisans locaux. L’idée de cette oasis était de ramener la nature en ville avec un lieu fortement végétalisé mais permettant également des activités de détente et d’émancipation.

C’est l’un des enseignements que j’ai tiré de mon voyage : si tu veux avoir un vrai impact social, il te faut un lieu. Pour fédérer, convaincre, mobiliser, accueillir… Pour moi cela est le but même de l’ESS (Economie Sociale et Solidaire) : casser les barrières entre les individus, entre les particuliers et les entreprises... Le café est un point d’entrée convivial pour rassembler le plus de personnes et animer un quartier.

Comment en es-tu arrivé là ? Ce n’est pas forcément une voie que l’on attend en sortant de l’IEP...

C’est avant tout un concours de circonstances. Altervilles a été un master génial car il m’a donné les clés de compréhension pour participer à ce mouvement de la transition. Cela m’a donné envie d’agir à mon échelle pour changer la ville. La ville est un acteur majeur de changement et c’est au citoyen de s’en emparer. 

Le master m’a énormément appris mais j’avais toujours cette impression de ne pas en savoir assez. J’ai vu le film “Demain” à la fin de mon master et j’ai commencé à m’interroger sur la vie d’un porteur de projet dans l’ESS. Il me fallait sortir des approches holistiques pour s’intéresser à celles et ceux qui incarnent ces mouvements. J’ai eu envie de poser moi même les questions, partout en Europe, pour essayer de comprendre ce que signifie l’ESS sur tous ces territoires. J’avais des questions autour du développement d’un modèle innovant, de son financement, de la recherche de partenaires, de la construction de l’impact social, des éléments déclencheurs de l’engagement mais aussi de l’équilibre possible entre vie pro et vie perso. J’ai donc interviewé et dressé le portrait de 14 acteurs du changement autour d’un documentaire. C’est le projet We Can Be Heroes. 

J’ai fait ce tour d’Europe en sérendipité : mon point de départ était l’innovation sociale, l’ESS et l’engagement citoyen, mais sans aucune définition sur laquelle m’appuyer pour sélectionner les projets interviewés. Cette démarche m’a permis de rencontrer des profils très divers : ONG, start up, coopérative militante, entreprise classique, mouvement zadiste, municipalité, etc. Leurs objectifs sont communs mais les outils sont différents et les individus qui incarnent ces structures sont bien souvent très différents également. L’idée de ce projet était de les mettre en lumière, ils n’ont pas de super pouvoirs mais ce sont de vrais héros du quotidien. Ils ont des parcours très différents. Cela m’a permis de sortir de ma zone de confort dans laquelle je serais encore si j’étais resté sur Lyon après mon master. Je n’aurais jamais pu apprendre autant dan un écosystème que je connais déjà assez bien.

Et le pour- quoi de tout cela  ?

Pour me sentir vivant et humain. J’avais envie de créer quelque chose par moi-même, l’inspiration par le voyage c’était pour sortir de ma zone de confort et stimuler ma créativité. Je ne pouvais pas le faire en restant dans mon cocon lyonnais. J’ai fait un stage de fin d’étude dans une institution publique. J’étais enfermé toute la journée dans un bureau. C’était comment dire, le bore-out. Pas vraiment ce que j’attendais comme entrée dans la vie active !

Quelle est la plus-value de la formation IEP sur ce poste ? Qu’est-ce que cette expérience t’a apporté?

Le master Altervilles est complètement lié aux compétences que j’utilise aujourd’hui. En tant qu’intervenant désormais je sais bien ce qui manque dans ce type de master : des compétences opérationnelles : organiser un budget, gérer un projet, connaître son écosystème (recherche de financements, de partenaires) par exemple. J'espère apporter moi-même cette matière aux étudiants.

Mais Altervilles, et Sciences Po Lyon en général, permettent d’avoir un esprit de synthèse et un esprit critique. Nombre d’acteurs que je rencontre sont incapables de saisir de façon complexe les dynamiques caractérisant l’ESS, ce qui les empêche de saisir les autres possibles et d’aller plus loin que le système déjà en place. Sciences Po Lyon permet de connaître les bases et de les utiliser à son avantage pour imaginer de réelles alternatives, sans compter que la culture générale acquise à l’IEP est essentielle.

Je pense que cela m’aide également beaucoup en termes de “représentation publique”. L’ESS est, je le regrette, un domaine incarné par des individus. Il faut avoir l’amour du débat et de la présentation orale … ce que les divers exercices à l’IEP préparent…  Apprendre à être présentable, à rencontrer des investisseurs et des clients,  le savoir être, le savoir faire et faire-savoir sont essentiels. Il faut également savoir s’adapter à chaque public et être pédagogue.  Sans parler de l’écrit qui est également très important (pour monter des projets, répondre à des appels d’offre)… 

En quelques mots pour moi l’IEP c’est : adaptabilité, résilience, analyse rapide et multitâche.  

Peux-tu nous parler d’une difficulté rencontrée et proposer un conseil ou une erreur à éviter ?

Je me suis lancé en freelance à la sortie d’école. Beaucoup deviennent indépendants après plusieurs années d’activité. Dans ce sens c’est plus compliqué de faire du réseau, d’accepter le syndrome de l’imposteur : ce n’est pas parce qu’on sort de l’école qu’on est incapable, on est capable de faire bien plus car on nous apprend à nous adapter, depuis déjà longtemps que ce soit à l’école ou en dehors. Quand on se lance en libéral il faut bien comprendre qu’on est seul, qu’on a personne pour nous prendre par la main. On n’a plus de supérieur et il faut être capable d’assumer son avis et considérer qu’il n’est pas inférieur à un autre.

Mon manque d’expérience m’amène à m’interroger :  puis-je vraiment avoir l’impact souhaité ? Par exemple, mon accompagnement est encore limité sur certains points (budget de financement par exemple), un manque d’expérience que j’aurais pu combler auparavant avec des expériences telles que l’alternance ou la JCS… On manque encore de la conscience aujourd'hui que lorsque l’on sort de l’enseignement supérieur aujourd'hui, la vie est différente et l’exigence de maturité aussi. 

Comment surmonter ces difficultés ?

Il faut savoir s’entourer quand tu te lances. Il faut arriver à montrer à la personne que ce n’est pas uniquement toi en face, mais c’est toi, ton réseau et ta capacité à le mobiliser pour atteindre des objectifs.

Après cette expérience professionnelle, quel conseil ou idée reçue souhaites-tu partager avec les étudiants actuels?

Il faut se penser en communauté. Et ne pas hésiter à commencer petit, ça s’étend par la suite… 

Et en bonus :  avoir confiance, en soi et dans la vie.  On peut tout faire avec cette formation. Il faut bien sûr accepter de prendre des risques, à travers des expériences diverses mais qui s’enrichissent. Demain j’ai rendez-vous avec des investisseurs, mais je vais aussi être barista, puis préparer un cours pour des 4ème année, et enfin travailler sur le modèle économique d’un porteur de projet. Il ne faut pas avoir peur de faire plein de choses. Les idées innovantes arrivent grâce aux rencontres et en sortant des cases.


Anahera est le café boutique fondé par Thomas Tichadou et sa soeur Marine.


Pour en savoir plus sur les projets et le parcours de Thomas :

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